A l'époque du néolithique, il y a 6000 ans les hommes
fabriquaient des haches de pierre polies. Tous les matériaux locaux
étaient utilisés, en particulier les galets, mais l'expérience
aidant, ils choisirent de préférence les pierres les plus
dures mais se taillant et se polissant facilement.
Il existe sur Lescoat un site géologique remarquable connu depuis
l'époque préhistorique.
Les géologues appellent "sillimanite" la pierre qu'on y trouve
(De Silliman, un géologue américain) Il s'agit d'un silicate
d'aluminium (Si2 Al2 O5 ), plus communément appelé fibrolite.
Cette pierre est un résidu d'une ancienne montagne de l'ère
primaire. C'est un minéral extrêmement résistant à
l'érosion. Il existait en blocs épars sur le site, particulièrement
inaltérable
au cours des millénaires. La pierre est blanchâtre ou
verte, avec des inclusions d'autres minéraux bruns ou noirs.
Avant la construction des pyramides d'Egypte, une société
organisée exploitait cette pierre très dure. Des artisans
probablement spécialisés utilisaient cette fibrolite pour
fabriquer des haches en pierre polies. Ils en faisaient aussi des anneaux
et des pendeloques.
Il existe dans les Côtes d'Armor, à Plussulien, un site
extraordinaire où furent fabriquées pendant 2000 ans des
milliers, peut-être des millions de haches. L'étude de ce
site a permis de comprendre les techniques des artisans de l'époque.
Le site fut découvert en 1964. Son étude a permis de situer
la fabrication des haches en dolérite entre -4000 et -2000. D'après
la masse de débris (il fallait environ 10 kg de pierre pour faire
une hache de 100g) on estime la production à 5000 haches par an
pendant 1500 ans!!
A Plouguin, bien que le minéral utilisé soit très
différent, on utilisait peut-être des techniques similaires.
La roche était éclatée par le feu. Les gros éclats
étaient ensuite débités.
La pierre était sciée à l'aide d'une cordelette,
du sable étant utilisé comme abrasif. La patience faisait
le reste.
Une ébauche était réalisée par bouchardage
(frappée et "rabotée" à l'aide d'un percuteur en quartz
par exemple.). Sans doute l'artisan utilisait-il les fragments rocheux
ayant une forme assez proche de celle qu'il désirait donner à
la hache.
Enfin, la hache était polie sur un rocher dur, un polissoir,
ou à l'aide d'un polissoir à main.
Le tranchant était alors réalisé avec précision.
La fabrication d'une hache durait environ un ou deux jours, selon sa taille.
Sur Plouguin il existait il y a cinquante ans un endroit assez remarquable:
Lannalouarn. Le village se trouve à 5 km de Lescoat, sur le flanc
de la colline, à quelques 350 mètres du seul menhir qui persiste,
car il en existait autrefois plusieurs. Cinq menhirs sont signalés
vers 1887, mais la présence de blocs rocheux épars laissait
penser que plusieurs autres avaient été dressés à
cet endroit, constituant un véritable alignement.
Au milieu de ces vestiges prestigieux il y avait également un
monolithe curieux. C'était un rocher globuleux ayant environ 1 mètre
de diamètre et dont la face supérieure était creusée
de cupules et de rainures. En fait il s'agissait d' un polissoir
(2K) en pierre. La pierre était usée par le frottement des
haches qu'on fabriquait là. Des recherches effectuées aux
alentours permirent d'ailleurs de découvrir des ébauches
non encore polies de haches et de nombreux percuteurs.
Dans son étude des haches polies (3K)
trouvées dans le canton, on est surpris par le nombre d'objets,
haches ou herminettes grossièrement polies, découvertes en
particulier à Kéregan, juste à côté de
Lannalouarn, On peut penser que ces objets, ébauchés sur
place, étaient ensuite achevés par l'utilisateur.
D'autres objets néolithiques en pierre ont été
trouvés à Kéregan: pendentif, perle, godet.
D'autres polissoirs ont été signalés à
Pont-Ours , à Pen-ar-van et au Squern (peut-être s'agissait-il
seulement de meules celtiques) mais Lannalouarn est vraiment l'endroit
le plus surprenant de Plouguin par la concentration des témoignages
de toutes les époques qu'on y a décrits.
Peu après la guerre, un individu peu évolué a
réussi à détruire ce vestige datant de 6000 ans. Il
utilisa des explosifs pour le faire sauter et le réduire en miettes.
Les débris furent ensuite étalés dans sa cour ou sur
les routes.Quelques années plus tard, un archéologue venu
de Rennes voulut étudier le site de fabrication des haches en fibrolite
à Plouguin. Constatant la destruction du polissoir, il partit en
disant au vandale qu'il aurait de ses nouvelles...Mais il n'y eut jamais
de suites. Par contre le secteur fut soigneusement exploré.
Le polissoir était en pierre noire, peut-être venue de
Lannilis. Il s'agissait d'un bloc de pierre massif ayant environ 1 mètre
dans toutes les directions.
Sur les faces on notait 22 cavités de tailles variables, larges
de 2 à 5 ou 6 cm, profondes de 8 à 10. Le dessus était
une cuvette concave, creusée par le polissage des pierres., et comprenant
quelques cupules et rainures.
De toute cette industrie, il ne reste pas grand chose.
Seuls quelques vieux livres nous rappellent le souvenirs de nos lointains
ancêtres.
Les objets sont enfermés dans des musées (il y a un moulage
du polissoir, réalisé avant guerre, au musée de Penmarch;
les ébauches de haches sont également à Penmarch,
ainsi que les percuteurs). Quelques cultivateurs ont trouvé dans
leurs champs des haches en pierre dont plusieurs sont en fibrolite de Plouguin,
reconnaissables à leurs inclusions vertes. Les autres sont en dolérite
et proviennent de Plussulien ou de Pleuven dans le sud du Finistère.
Quelques résidus de fibrolite peuvent être ramassés
dans les champs au dessus de Lannalouarn, dernière trace de la première
industrie du pays.
Quant aux blocs de sillimanite, ils ont été utilisés
pour remblayer l'ancienne route qui venait de Coat-Méal, passait
par Kerbérec et rejoignait Kerégan et Lannalouarn. On parle
encore de la voie romaine dallée remarquée dans le secteur.
Bien que cette tradition de voie romaine soit présente un peu partout,
invérifiable, comme celle de souterrains plus ou moins mystérieux,
il est assez tentant de penser que si les Romains sont venus là,
ils y ont réutilisé une route beaucoup plus ancienne...
L'utilité des haches en pierre n'est pas évidente: Haches
de combat, outils de débitage de bois, outil pour travailler la
terre ? Pour ces usages, la pierre devait être collée ou sertie
dans un manche. Une pièce intermédiaire en os pouvant être
utilisée pour éviter l'éclatement du bois.
La diversité des formes et des tailles de haches est importante.
Certaines, mesurant plusieurs dizaines de centimètres étaient
sans doute des socs de charrue primitive. D'autres, mesurant seulement
3 ou 4 centimètres ne pouvaient être utilisées comme
outil. Sans doute la taille de la hache, ainsi que l'angle du tranchant
étaient-ils adaptés au diamètre et à la dureté
du bois que l'homme de cette époque désirait couper.
D'autres haches ont peut-être servi d'ornement, un trou ayant
parfois été percé pour les suspendre à un lacet.
Une cordelette fixée sur un archet, du sable, un foret en bois ou
en os, de la patience, cela suffisait pour creuser la pierre. Il est surprenant
de voir la beauté des pièces. Alors que seuls le tranchant
et le talon doivent être bien faits, c'est l'ensemble de la hache
qui est soigneusement polie. Des arêtes sans rôle apparent
sont bien marquées et harmonieusement situées. Il parait
évident qu'il y a là une recherche esthétique.
L'apparition des outils modernes, permettant de creuser le sol plus
profondément qu'auparavant, a fait remonter à la surface
des objets anciens. Peut-être les haches ainsi trouvées avaient-elles
été cachées, ou enfouies volontairement pour des raisons
religieuses ou autres. Cela évoque évidemment l'expression
"enterrer la hache de guerre".
Les haches étaient sans doute objets de commerce et d'échanges.
Elles étaient utilisées dans tout le Finistère. Des
haches bretonnes ont été retrouvées en Grande-Bretagne.
Il faut savoir que déjà à cette époque, plus
qu'un obstacle, la mer était un moyen d'échanges et de voyages.
En échange, l'homme qui résidait ici recevait sans doute
des blocs de silex , absents dans notre région, et permettant de
fabriquer de multiples outils tranchants.
Depuis toujours les paysans trouvent ces curieuses pierres ramenées
à la lumière par le soc de la charrue. Longtemps l'ignorance
de ce lointain passé des hommes ne leur a pas permis de comprendre
l'origine de ces "mein kurun", pierres du tonnerre. On croyait qu'elles
étaient fabriquées par l'orage. On en mettait une sous la
pierre de la cheminée pour protéger de la foudre.
Outils ? Pierres magiques ? Il m'a paru intéressant d'évoquer
ce passé oublié ou peu connu des gens d'ici