En retournant la terre, les cultivateurs trouvent parfois des pierres
taillées. Bien souvent, le fragment de silex ou le galet éclaté
doit passer inaperçu. De temps en temps, l'objet est assez travaillé
pour que soit reconnu un objet fabriqué par les hommes de la préhistoire.
Les bifaces trouvés à Kervellec
(5K) et à Kervavic (30K) et à
Lescalvar sont les plus belles trouvailles datant du paléolithique
(-200 000 ans), faites à Plouguin. De nombreuses prospections systématiques
ont permis de situer plusieurs sites mésolithiques dans la campagne
plouguinoise, avec concentration de débris de silex ou de pierres
taillées (Kerventuric, Lescalvar).
Les menhirs (3K).
L'âge de ces pierres est difficile à préciser:
4000 ou 5000 ans avant notre ère environ
Pourquoi ont-ils été construits ? On ne le sait pas .
Ils peuvent être alignés, disposés en cercle, isolés
ou associés par deux ou trois.
De nombreux menhirs ont été détruits, soit par
décision des prêtres pour lutter contre les croyances pré-chrétiennes,
soit pour être réutilisés pour constructions de stèles
ou simplement de maisons.
Leur taille et leur érection nécessitaient une société
organisée.
Sur Plouguin, il reste 3 menhirs
Le menhir brisé de Kervignen (23K)
Le menhir de Lannalouarn. Il me paraît plus opportun de l'appeler
ainsi, et non menhir de Locmajan car il a appartenu à un alignement
proche de Lannalouarn. En 1887 il existait encore 5 menhirs, plusieurs
furent détruits par un carrier de Tréglonou (en mars 1887)
pour bâtir une maison à Locmajan.
Dans un petit bois, entre Pen ar Van et Kérozal il y a aussi
un petit menhir dominant la rivière. Des fouilles, au pied du menhir
de Lannalouarn, et à l'emplacement des menhirs disparus ont permis
de trouver quelques fragments de poterie. Il n'y a pas de précision
pour les dater. Je n'ai pas trouvé trace de résultats de
fouilles à Kervignen ni à Pen ar van
L'époque des menhirs est aussi celle de la fabrique de hache polies en fibrolite de Lannalouarn. A cette époque, le silex, dont les nucléus roulés sur des centaines de kilomètres sur les plages par les marées, étaient ramassés par les artisans préhistoriques, servait à faire des outils tranchants . On retrouve ainsi de multiples objets taillés: pointe de flèches, lames, racloirs etc.. souvent de petite taille, qui étaient sans doute sertis dans des manches permettant d'obtenir des outils de précision.
Dolmen
Les dolmens étaient des tombes collectives. Ils étaient
parfois recouverts de terres (allée couverte) Sur Plouguin, il n'y
en a pas de nos jours. Pourtant, en deux endroits il y en a peut-être
eu. A Menez an Arz, la tradition rapporte une histoire de trésor
sous une grande dalle de pierre. Quelques grosses dalles d'origine inconnue
existent d'ailleurs à Gwelet ar C'hoat et sur le chemin qui va de
Tréfléac'h vers Menez an Arz, qui sont peut-être deux
piliers du mégalithe. Quant au dolmen, déplacé vers
1860, il se trouve toujours à Coat Méal, au sud du château
de Kerascouet
A Lannalouarn, avant le remembrement, une structure évoquant
un dolmen existait en dessous du menhir.
Après l'époque des haches polies, les hommes ont découvert
le travail des métaux. Les techniques métallurgiques sont
apparues au Moyen-orient et ont ensuite été diffusées
un peu partout. Le premier métal utilisé fut le cuivre. C'était
l'époque du Chalcolithique. Le cuivre était importé
d'Espagne ou de Grande-Bretagne. C'était donc un métal rare
et de grande valeur.
Par la suite, environ 2000 ans avant Jésus-Christ a été
découvert le bronze, alliage de cuivre et d'étain. Celui
ci existait en grandes quantités dans la région (Saint-Renan).
Mais aussi à Plouguin. On trouve en effet des traces de cassitérite
ou de wolframite dans le secteur de Kergonguy. Des prospections ont été
faites pour chercher de l'étain le long de la vallée du Garo.
On peut penser qu'une certaine production d'étain ait pu avoir
lieu à Plouguin. D'ailleurs la concentration des traces de l'âge
du bronze, dans le nord de la commune en particulier, montre qu'il y a
eu là une population riche et évoluée. Peut-être
trouvera-t'on un jour les traces de leurs habitations et de leur industrie.
La métallurgie était alors archaïque. Il est probable
que le métal dont le point de fusion est assez bas était
obtenu par exploitation des alluvions qui en sont riches (région
des lacs de Saint Renan). Les techniques de concassage de blocs de pierre,
puis mélange avec du carbone semblent plus hypothétiques.
L'avènement de l'âge du bronze fut donc à l'origine
d'un enrichissement important du secteur. Le transport et le commerce des
métaux nécessitaient par ailleurs la présence de "princes
armoricains" puissants. Cela explique la richesse relative de cette époque,
reconnue par l'importance des sépultures et des objets découverts.
(La littérature ancienne, méditerranéenne, rappelle
l'existence des Iles Cassitérides, sources de l'oxyde d'étain
qui permettait la fabrication du bronze. Ces îles mythiques sont
peut-être en Armorique)
A Plouguin on a trouvé au milieu de siècle dernier une
superbe épée (3K) en cuivre arséniée
à manche de bronze. On ne sait pas dans quel quartier elle fut découverte,
ni en quelles circonstances.
C'était une épée longue de 71 cm. La lame était
large de 8cm à la base. Elle était fixée par 8 rivets
et fortifiée par un renflement central. Cette épée
semblait bien peu pratique en tant qu'arme. Elle avait peut-être
un rôle sacré ou d'apparat...
Qu'est-t'elle devenue ? Elle a appartenu à M Danjou de la Garenne,
puis a été confiée au musée de Kernuz (Musée
de Du Châtelier à Pont l'Abbé). Peut-être a-t'elle
suivi les collections de cet archéologue au musée de St Germain-en-Laye
? Mais bien que répertoriée dans les collections du musée,
elle ne semble plus s'y trouver
Après le cuivre et l'étain, les hommes ont découvert
le plomb et l'or. Ces deux métaux sont assez communs en Bretagne.
En juin 1845, alors qu'on nettoyait un lavoir à Kerdrein fut
découverte une torsade en or massif.
L'objet qui mesurait 1 m 50 et pesait environ 400 g était le résultat
d'un travail complexe.
"Qu'on se figure une tige d'or longue d'environ 1 mètre, passée
par une filière percée en croix puis tordue sur elle-même
pour obtenir une spirale à 4 cordons, enfin repliée en ressort
à boudin, on aura la configuration de cet ornement exécuté
avec un certain art"
Ce modèle d'objets est originaire d'Irlande. Deux beaux exemples
furent découverts sur la colline de Tara où étaient
sacrés les rois celtes.Un autre exemplaire fut découvert
par Schielmann dans le célèbre trésor royal de la
deuxième cité d'Hissarlik, en Turquie, (trésor faussement
appelé "trésor de Priam", et récemment retrouvé
en Russie)
Il s'agissait d'une bande d'or régulièrement tordue sur
elle-même et munie d'un système de crochet permettant d'en
faire une ceinture. Une autre torsade en or a été découverte
à Cesson-Sévigné qui nous permet de comprendre la
nature de l' objet, car malheureusement la torsade de Plouguin a aujourd'hui
disparu. Portée à Paris par M de la Motte habitant Lesven,
elle fut offerte au musée de Cluny qui n'en voulut pas, et finalement
vendue à un orfèvre pour 1200 f.
Et si....Et si la torsade revenait un jour? Il y a deux jours, j'ai
appris que le
département du Finistère vient de se porter acquéreur
d'un tel objet.
Son origine: l'héritage d'un orfèvre...à suivre
??? ( 4 octobre 1997).
Faisant suite à l'âge du bronze, une nouvelle époque
voit apparaître de nouveaux métaux: l'âge du fer. Le
bronze régresse, les exploitations d'étain s'éteignent.
Les hommes apprennent à travailler l'argent. De nouveaux peuples
viennent vivre en Armorique: les Celtes. Malheureusement le fer s'oxyde
avec le temps, dans nos terrains acides et humides; il ne passe pas les
siècles.
L'époque celtique a laissé quelques vestiges à
Plouguin. Les stèles en sont les témoins les plus visibles.
De nombreuses caches, creusées dans le sol paraissent aussi dater
de l'époque gauloise.
On en a trouvé dans de nombreux quartiers de la commune (par
exemple à Pen ar Van, à Kerscaven, à Dourhip, à
Locmajan, à Kerloagen, à Keraloret et plus récemment
lors de la construction de la route de Traon vilin)
Une légende raconte que le seigneur de Mesnaot en Saint-Pabu
avait voulu amener l'eau de la fontaine de St Ibiliau jusqu'au manoir de
Mesnaot.
Au siècle dernier furent trouvés des tuyaux en argile
dans les champs entre ces deux villages distants de 3 km. L'instituteur
de l'époque, M Mingan, en amena au musée départemental
à Quimper. D'autres tuyaux, furent trouvés à Mesnaot
même. Ces tuyaux avaient un diamètre intérieur de 12
cm et mesuraient environ 38 cm de long. Ils s'emboîtaient parfaitement
les uns dans les autres. Ils étaient enterrés à 50
cm de profondeur.
S'agissait-il d'une conduite d'eau de l'époque romaine? Ou encore
comme le pensait M L'Hostis l'ancien vétérinaire de Ploudalmézeau,
était-ce un conduit acoustique ?
L'époque romaine est souvent évoquée à
Plouguin, on parle de "camp romain" (autrefois "Kastel Roué César").
On parle aussi de voies romaines.
Les photos aériennes de 1990 ont permis de mettre en évidence
des traces de fossés (4K) ou de structures
antiques dans les champs. Il y a eu quelque chose autrefois près
des villages de Kerboulou, de Landré, de Kerarlin et de Kergonguy.
Il peut s'agir des restes d'exploitations agricoles gallo-romaine. A cette
époque, l'Armorique était probablement bien peuplée
et assez prospère.
De nouvelles photos en 1992 (BASF 1993) ont repéré des
traces de fossés et d'enclos à Tréouré, Tréfléac'h,
Kervignen, Kervihan, Kergroas, Kernizan, Kerventuric. Les fouilles sur
place ont montré à Kervihan et Kernizan des traces (céramiques)
gallo-romaines.
De cette époque date sans doute la belle meule
de Kervatous (2K). D'autres meules de ce type ont d'ailleurs été
trouvées à Kervuen, à Kerléguer, à Lescoat.
A l'époque néolithique, les graines étaient écrasées
à l'aide d'un galet sur une grande pierre creuse. Les Egyptiens
avaient des meules primitives faites de deux pierres rondes. les Romains
utilisèrent la force de l'eau pour actionner leurs moulins dès
le IV ème siècle.
Les meules de pierre ont été utilisées très
longtemps. Leur fabrication était certainement le fait d'artisans
spécialisés très habiles.
La tradition de "voie romaine" est présente partout. En fait
il est le plus souvent difficile de préciser si réellement
les Romains ont construit une route là où les anciens le
disent. Pourtant il semble bien y avoir eu une voie pavée à
l'est de Plouguin. Venant de Coat-Méal, la route pavée contournait
Lescoat, Gwelet ar C'hoat, Lambrumen, Kerbérec, traversant Kerventuric,
Kervatous, Lannalouarn, pour rejoindre l'Aber Benoit.
Les Bretons sont arrivés en Armorique entre le 5 ème
et le 8 ème siècle. Ils venaient des Iles Britanniques, sans
doute du Pays de Galles, peut-être du nord de l'Angleterre.
Du Haut Moyen-Age, il reste peu de témoignages. Certaines des
vieilles croix (28K) monolithes disséminées
au bord des routes datent sans doute de cette époque. Il y en avait
plusieurs dizaines à Plouguin, mais beaucoup ont disparu. Les plus
belles sont celles de Kertanguy du Croisic Verr avec son épée
sculptée, et de la fontaine de St Pirig
On peut penser que l'établissement du bourg, de chapelles, de
fontaines, de moulins accompagna l'installation des Bretons dans le pays
qu'ils allaient faire leur. Aujourd'hui ces constructions initiales ont
été remplacées par d'autres postérieures.
Deux éminences en terre existent pourtant encore dans la vallée,
près de la rivière. L'une est à côté
de Kerozal, la deuxième de l'autre côté de la vallée,
à Lesven.
L'enclos de Kerozal est situé près de la rivière,
en zone inondable. On peut imaginer son talus surmonté d'une palissade
en rondins et entouré d'une douve remplie d'eau. C'était
alors un ouvrage défensif assez difficile à prendre, pouvant
protéger une famille ou un clan.
On a pu penser que cette construction datait des Gaulois ou des Romains,
et on l'a appelé "Castel Roué César", le château
du roi césar. Il est plus probable qu'elle date du Moyen-Age et
qu'elle a servi de défense, contre les Vikings par exemple.
L'enclos de Lesven est plus petit. Curieusement il se situe au nord
de l'actuel manoir qui n'est pas très vieux, puisqu'il date du XIX
ème siècle. C'est près de là qu'on situe l'ancien
château de Lesven bâti au XVI ème siècle qui
remplaçait lui-même une construction plus ancienne. Malgré
sa grande ancienneté, le souvenir de ce premier (?) château
a persisté jusqu'au XVII ème siècle, une tour étant
encore visible ("an Tour moan") .L'enclos actuel est peut-être le
dernier vestige de cette tour ruinée. La tradition rapporte la naissance
de St Guénolé à Lesven. L'enclos est peut-être
ce qui reste de la véritable demeure de Fragan et Gwen, parents
de Guénolé.
Dans le manoir de Lesven se trouve un tableau de la fin du XVII ème
siècle représentant Fragan, Gwen (Blanche aux trois mamelles)
et St Guénolé. Ce tableau était autrefois dans la
chapelle (dédiée à St Guénolé)
A côté du "camp romain" de Kérozal se trouve une
Piéta. Il y a plusieurs dizaines d'années il y avait là
un chêne vénérable. C'était un arbre creux qui
avait plusieurs centaines d'années et dont le diamètre devait
dépasser 1 m 50. Dans l'arbre, on avait disposé une statue
de la Vierge, et le site était très vénéré.
Au dessus de Kerozal se trouvent encore les ruines de la chapelle dédiée
à Notre Dame de Pitié construite en expiation d'un crime
commis par le seigneur du lieu.
A Larivanan, Bernard Tanguy signale plusieurs choses interessantes.
La ferme actuelle a succédé à un ancien manoir. Près
de ce manoir existait une chapelle (une parcelle porte le nom de park ar
chapel). Deux bénitiers et une pierre faitière de pignon
en sont les seuls souvenirs. On peut penser que cette chapelle était
dédiée à Sainte Rivanon, mère de Saint Hervé,
qui aurait établi là son ermitage.
Une autre chapelle se trouvait autrefois à l'extrème
ouest de la commune: la chapelle Saint Julien, oubliée de tous.
Dépendant du manoir de Kerlec'h, que l'on rejoignait en franchissant
un pont sur le ruisseau, la chapelle était située au centre
d'un triangle formé par les trois manoirs du secteur: Lescalvar,
Kerlec'h et Château-Gauthier. Un voyageur qui passait là au
milieu du siècle dernier parlait déjà des ruines de
la chapelle. Son abandon remonte donc très loin, avant la révolution
française. Le voyageur signale un tumulus à proximité,
Il est lui aussi oublié. Seule la cloche de la chapelle a été
retrouvée.
Le long mur en pierre situé plus au nord, l'enceinte quadrangulaire
contenant des vestiges d'escalier, c'est tout ce qui reste de l'ancienne
construction fortifiée de Castel-Goater, ou Château-Gauthier.
Il s'agit d'un petit château fort du XIV ièm siècle
environ. Une motte féodale, la seule du canton, dont la construction
avait précédé celle du château, existait encore
contre le mur sud, il y a 50 ans.
Un peu plus loin, le pigeonnier de Lescalvar est une construction un
peu postérieure, vers le XVI ièm siècle. Il y a eu
d'autres colombiers à Pen ar Van, Kerozal, Lescoat, Kerbérec,
Keroulidic.
Les anciens manoirs de Plouguin ont pour la plupart disparu
Le chanoine Eliès cite Pen ar van, Lescalvar, Kerozal, Keroulidig,
Kerbezrec, Lezguen, Lannalouarn, Lanrivanan, Lezcoat, Kastellourop, Kermorvan,
auquel il faut ajouter deux manoirs au bourg, et une maison noble: la maison
de la Barre.
Autre souvenir de l'ancien régime: les pierres patibulaires.
2 pierres ayant joué le rôle de gibet ont sans doute été
déplacées autrefois de Plouguin vers Kerascouet. L'une a
été utilisée pour faire une cheminée, mais
l'autre, longue de 4 mètres environ se trouve toujours auprès
d'un étang à Coat-Méal.
Pour clore ce voyage dans le temps et le paysage plouguinois, il reste
à évoquer les curieux rochers de Balaren. Il s'agit de larges
dalles granitiques creusées par le vent, probablement sans aucune
intervention humaine. Leur forme évoque immanquablement une pierre
du sacrifice; l'imagination permettant de remplacer l'absence probable
de toute histoire réelle.